L’obligation d’investir au moins 4% du chiffre d’affaires brut est une pure contrainte. Les fournisseurs de streaming suisses et étrangers ne peuvent pas s’y soustraire. En cas de non-respect, une taxe doit être versée à l’Office fédéral de la culture (OFC). La nouvelle loi entraîne une augmentation d’environ 20 à 30 millions de francs pour le lobby du cinéma suisse. Jusqu’à aujourd’hui, les chaînes privées suisses pouvaient comptabiliser intégralement les spots publicitaires pour le cinéma suisse comme investissement. A l’avenir, cela ne sera possible que de manière limitée. Il faut désormais injecter de l’argent dans le lobby du cinéma suisse, déjà généreusement subventionné. Conséquences : les productions des chaînes privées sont discriminées. Les productions propres ne sont pas soutenues, car elles ne constituent pas une création cinématographique indépendante. Ce qui semble compter est donc simplement de savoir qui réalise les films, et non leur qualité et leur attrait. Les productions connues et attirant le public, comme « Sing mein Song » ou « Höhle der Löwen », ne méritent pas d’être soutenues par l’OFC. Pourtant, elles créent des emplois qualifiés en Suisse dans une mesure considérable. Il est aussi certain que les prix des abonnements vont augmenter, car les services de streaming répercuteront les coûts plus élevés sur leurs clients – donc sur nous ! La question est également de savoir comment les chaînes privées suisses, avec une marge bénéficiaire d’environ 5%, vont gérer une taxe annuelle brute de 4% sur le chiffre d’affaires. Il est évident qu’ils devront soit augmenter leurs prix, soit abandonner leur activité. Le cinéma suisse est déjà soutenu aujourd’hui par l’aide publique au cinéma (argent des impôts) et par la SSR (Serafe). Avec la nouvelle loi sur le cinéma, on nous demande à nous, consommateurs de services de streaming comme Netflix ou Disney+, de passer une troisième fois à la caisse. Avec la nouvelle loi sur le cinéma, nous devrions payer, via notre abonnement plus cher, l’obligation d’investissement ou la taxe de remplacement de notre fournisseur de streaming ou de notre câblo-opérateur. Alors que l’argent des impôts et la Serafe sont supportés par tous les citoyens suisses, la nouvelle subvention en faveur des cinéastes suisses ne serait indirectement supportée que par les clients des chaînes privées et des services de streaming.
Jusqu’à présent, seuls la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal connaissent en Europe une obligation d’investissement comparable pour les services de streaming. La majorité des pays européens (Suède, Norvège, Finlande, Islande, Danemark, Estonie, Lettonie, Lituanie, Irlande, Pays-Bas, Luxembourg, Autriche, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Hongrie, Bulgarie, Chypre, Malte) ne connaissent aujourd’hui ni obligation d’investissement ni taxe pour les services de streaming.